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Printemps Précoce

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les avis de Cinemasie

3 critiques: 4/5

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11 critiques: 3.95/5



Ordell Robbie 4.5 Always coming back to you
Ghost Dog 3.75 D’une clairvoyance étonnante
Xavier Chanoine 3.75 La fin d'un cinéma, les prémices d'un autre
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Always coming back to you

A partir d'un pitch vieux comme le cinéma -un homme trompe sa femme, ils se disputent avant de finalement recoller peu à peu les morceaux-, Ozu offre avec Printemps Précoce un beau film qui n'a rien à envier à ceux de sa période couleur. Un peu comme pour le Crépuscule à Tokyo de l'année suivante, la maitrise formelle de cet Ozu-là n'a rien à envier à celle de cette période qui s'ouvrira deux ans plus tard: meme si deux ou trois plans sont légèrement trop longs, si quelques cadrages n'ont pas la précision millimétrée que la cadre a la plupart du temps dans le film, la Ozu's touch y est ici exécutée avec une remarquable fluidité, un naturel qui la rend d'autant plus puissante parce que sa maitrise n'est pas visible. A noter malgré tout quelques travellings en forme de restes de l'époque où le cinéma d'Ozu avait les grands maitres américains dans le rétroviseur. Le tout donnant une belle réussite de l'age d'or fifties du cinéma japonais. Mais s'il appartient chronologiquement à cet age d'or le film y appartient-il véritablement artistiquement? A mon sens pas vraiment, on pourrait meme dire que dans son approche il annonce les Nouvellles Vagues. Tout simplement parce que Nouvelle Vague avant l'heure, Ozu l'était déjà dans sa période muette lorsqu'il ouvrait des pistes artistiques qu'on retrouvera par la suite dans le Néoréalisme et le cinéma d'auteur des années 60. Contrairement à une grande partie du cinéma de studio nippon de l'époque (Naruse, Masumura et Kawashima sont d'autres exceptions), il ne décrit pas des figures héroisées (là où les Kurosawa sous-influence néoréaliste en comportent encore) mais des personnages ancrés dans la réalité japonaise de son temps.

Meme si ce thème-là traverse toute son oeuvre sur la fin, cet Ozu-là développe d'ailleurs vraiment la description quasi-naturaliste de la condition du salaryman nippon. Les plans des salariés en chemin vers la gare, les plans de bureaux, ceux de salariés contemplant de la fenetre la ruée des cadres vers les bureaux tout cela suffit à dire le miracle économique japonais et un pays qui relève la tete. Sauf que meme si c'est avec un vitriol moins visible que les cinéastes japonais des années 60 Ozu dit aussi l'envers de ce miracle économique au travers des saouleries de salarymen, de l'envie suscitée chez les collègues par la liaison adultérine du film parce que quelque part ils ne trouvent que ça pour échapper à la monotonie du travail salarié, de quelques dialogues montrant que la plupart des personnages n'ont pas une très haute opinion de la condition de salarié. Le film évoque d'ailleurs la délocalisation provisoire et forcée de son personnage de salaryman adultérin. Le regard d'Ozu sur le couple est tout aussi critique: SPOILER désillusions de la vie de couple, ennui et routine poussant à l'adultère, découverte de celle-çi avec la tristesse et les déceptions qui lui sont liées, volonté de mettre un terme à une liaison brève mais libératrice avec les regrets et les malentendus que cela peut générer chez l'ex-maitresse, volonté de repartir à zéro malgré tout en mettant de coté les blessures d'amour propre décrite dans un émouvant final.

En humaniste, Ozu conclut sur l'acceptation des choses et la volonté de maintenir la cellule familiale malgré les éléments extérieurs -adultère, changements économiques- pouvant lui nuire tout en ne changeant rien au constat développé plus deux heures durant: la lucidité sur l'envers des choses, meme si elle implique des désillusions, n'empeche pas ses personnages d'aller de l'avant. FIN SPOILER



14 mai 2004
par Ordell Robbie




D’une clairvoyance étonnante

Printemps précoce est un film d’une grande modernité malgré ses 55 ans d’âge ; on peut en effet tout à fait se reconnaître parmi ces salarymen japonais qui prennent le train chaque matin pour se rendre au bureau, et constater que les soucis qui les animent (histoires de cœur, rancoeurs sur les stagnations de salaire, mutations, peur de la précarité,…) ne sont pas si éloignés de ceux d’un Caméra Café. Porté par un magnifique personnage masculin (Ikebe Ryo) qui parle par courtes phrases tout en intériorisant au maximum ses émotions – une sorte de Clint Eastwood avant l’heure, et par 2 personnages féminins dont le caractère est aux antipodes (Kishi Keiko, fraîche et insouciante, face à une Awashima Chikage posée et fataliste), l’œuvre d’Ozu surprendra par sa grande lucidité sur le sens de la vie, ainsi que sur un règlement des conflits basé sur la repentance et le pardon, mais sans grandiloquence aucune. Encore une fois, la zénitude de cet auteur et son style si particulier à narrer ses histoires font un bien fou.



24 juillet 2007
par Ghost Dog




La fin d'un cinéma, les prémices d'un autre

Il est étonnant de voir à quel point Ozu perd sa manie de faire du cinéma sous influence au fur et à mesure que le temps passe et que sa filmographie s'élargit. Si ces années muettes respirent clairement l'influence occidentale avec moult clins d'oeil au cinéma de Buster Keaton ou de Lubitsch, les années 40 et 50 démontrent une toute autre facette du cinéaste : pas de procédés narratifs, pas de mains tendues au spectateur ni même d'intrigue à proprement parlée, tout n'est que chronique sur le temps qui passe, l'amour, le travail mais aussi la mort, des thèmes longuement étudiés par Ozu offrant au cinéma et à son cinéma une richesse permanente. Ce Printemps précoce use donc des thèmes chers au cinéaste, quand bien même la tendance se veut être "chronique de salarymen" avant d'être "chronique sur l'amour". Il y a certes une grande importance donnée à Shoji et à la relation qu'il entretient avec ces deux femmes, mais Ozu ne délaisse pas pour autant la chronique/critique sociale sur la condition des salarymen. On y verra alors des hommes à bout de souffle, perdus et considérés comme "sans espoir" dont leur état de santé dépend tout simplement de l'état de leur entreprise dans la mesure où si elle est amenée à fermer, ses employés ne pourront pas retrouver de travail, la plupart dépassant la bonne quarantaine.

Aussi, Printemps précoce est un film humaniste, Ozu ayant un regard suffisamment objectif pour traiter ses thèmes sans paraître preneur de tel ou tel parti. Chaque personnage a ses défauts, ses qualités. Certaines séquences sont même admirables et plutôt surprenantes dans la mesure où le cinéaste se permet quelques rebonds particulièrement marquants, comme lorsque l'on apprend subitement le décès de Miura alors qu'il semblait guérit de sa maladie. Si la grâce n'est pas réellement présente, la noirceur l'emporte sur tout. Photographie sombre et intérieurs très chargés et compliqués, comme si ils représentaient la mal-être des personnages, leurs états d'âme et leur condition de travaille difficile. Quelque chose d'intéressant aussi, Printemps précoce rassemble peut-être les "dernières forces" du cinéma muet d'Ozu, tout du moins sa période des années 40 début 50 où Ozu utilisait les travellings lors des balades, ou les zooms pour appuyer l'action, le propos. Printemps précoce contient donc ces éléments là, mais utilisés avec parcimonie et surtout utilisés pour une des dernières fois : on y trouve en tout et pour tout un zoom insignifiant, un travelling qui l'est tout autant et un échange de baffes rappelant les Ozu de la fin des années 30. Printemps précoce est donc une des dernières lettres d'Ozu aux thèmes qu'il chérissait et à une mise en scène sous influence qui allait bientôt disparaître au profit d'un travail en couleur somme toute admirable.



05 mai 2007
par Xavier Chanoine


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